La santé mentale en entreprise : le pouvoir du leadership de rendre malade ou de faire s’épanouir les personnes

Amanda Carvalhal : Femme d’affaires renommée et psychologue, elle est une figure remarquable du monde des affaires brésilien.

Pendant de nombreuses années, lorsque l’on parlait de santé mentale dans l’environnement professionnel, l’attention se portait presque exclusivement sur l’individu.

On cherchait des réponses au stress, à l’anxiété, au burnout et à la baisse de performance en observant uniquement les personnes qui en présentaient les symptômes.
Aujourd’hui, la recherche scientifique et l’expérience des organisations nous révèlent une réalité plus complexe : la santé mentale ne se construit pas seulement au sein des individus ; elle se construit également dans les relations, dans la culture de l’entreprise et, surtout, dans le leadership.
Peu de facteurs exercent une influence aussi déterminante sur l’expérience émotionnelle d’un professionnel que son supérieur hiérarchique direct.
La manière dont un manager communique, donne du feedback, fixe les attentes, reconnaît les efforts et gère les conflits peut faire du travail un espace d’épanouissement ou une source permanente de souffrance.Le leadership n’est pas seulement une compétence orientée vers les résultats.
Il constitue un facteur déterminant pour la santé psychologique des équipes.
Lorsqu’un leadership fonctionne dans la peur, le contrôle excessif, l’imprévisibilité ou l’humiliation, il crée un climat d’insécurité émotionnelle. Dans de tels contextes, les collaborateurs consacrent leur énergie non plus à innover, à créer ou à résoudre des problèmes, mais à se protéger.
Face à une menace permanente, le cerveau humain mobilise ses ressources pour assurer sa survie. Les conséquences sont prévisibles : baisse de l’engagement, multiplication des conflits, diminution de la créativité, absentéisme, arrêts de travail et augmentation du turnover.

De nombreuses organisations continuent de croire que la pression génère la performance. En réalité, une pression excessive et constante engendre l’épuisement. Ce qui favorise une performance durable n’est pas la peur de l’erreur, mais la confiance nécessaire pour essayer, apprendre et progresser.
Cela ne signifie pas qu’il faille défendre un leadership permissif ou excessivement complaisant. Les entreprises existent pour produire des résultats.
Les objectifs, les indicateurs de performance, la responsabilité et l’exigence demeurent des éléments essentiels du management. La véritable différence réside dans la manière dont ces éléments sont mis en œuvre.
Les meilleurs dirigeants comprennent que la performance et la santé mentale ne sont pas des forces opposées.
Ce sont des dimensions qui se renforcent mutuellement.Un professionnel qui évolue dans un climat de confiance est davantage enclin à assumer des responsabilités.
Une équipe qui reçoit un feedback clair progresse plus rapidement.Les personnes qui se sentent respectées font preuve d’un engagement plus fort.Les collaborateurs qui trouvent du sens dans leur travail deviennent plus résilients face aux défis.
Le leadership a le pouvoir de rendre les personnes malades, mais il possède aussi l’extraordinaire capacité de les faire s’épanouir.S’épanouir, dans le contexte organisationnel, ne signifie pas l’absence de difficultés. Cela signifie créer des environnements où les personnes peuvent mettre leurs talents au service de l’organisation, développer leurs compétences, construire des relations saines et trouver du sens à leur contribution.Lorsque cela se produit, ce ne sont pas seulement les individus qui grandissent ; c’est toute l’organisation qui en bénéficie.
Les résultats se manifestent à plusieurs niveaux : davantage d’innovation, une meilleure rétention des talents, un renforcement de la culture organisationnelle, une productivité accrue et une amélioration de la réputation de l’entreprise.
Dans un marché toujours plus compétitif, prendre soin de la santé mentale n’est plus seulement une démarche humaniste. C’est devenu une décision stratégique.
Les nouvelles générations de professionnels recherchent bien plus qu’une rémunération. Elles souhaitent évoluer dans des environnements où elles peuvent se développer sans compromettre leur santé.
Les organisations qui ignoreront cette évolution rencontreront des difficultés croissantes pour attirer et fidéliser des talents qualifiés.
C’est pourquoi la question que tout dirigeant devrait se poser n’est pas seulement : « Quels résultats mon équipe obtient-elle ? », mais aussi :
« Quelles personnes sont-ils en train de devenir en travaillant avec moi ? »
Le véritable héritage d’un leader ne réside pas uniquement dans les résultats qu’il obtient, mais dans les personnes qu’il contribue à faire grandir tout au long du parcours.
Car un dirigeant peut obtenir des performances par la peur pendant un certain temps.
Mais seul un leadership qui inspire confiance, favorise le développement et respecte la dignité humaine est capable de construire des résultats durables
.En définitive, les organisations les plus performantes ne seront pas seulement celles qui sauront recruter les meilleurs talents. Elles seront celles qui formeront des leaders capables de révéler le meilleur qui existe en chacun d’eux.

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