De femme au foyer à gestionnaire culturelle. Le parcours inspirant de l’artiste plasticienne qui a conquis une reconnaissance internationale

Dans cette édition spéciale de Destake News Business, nous avons l’honneur de présenter une interview exclusive de Maria Araújo — artiste plasticienne, écrivaine, gestionnaire culturelle et femme à la trajectoire marquée par la sensibilité, le courage et des réalisations d’envergure. Originaire de Natal (RN) et résidant à Rio de Janeiro depuis son enfance, Maria incarne la force du métissage brésilien, l’amour de l’art et un profond engagement envers la culture comme outil de transformation.

Dans cet entretien inspirant, elle partage des souvenirs empreints d’émotion, les défis de la migration et la construction d’une vie fondée sur des valeurs solides, toujours guidée par un regard généreux et créatif. Son parcours professionnel est jalonné de moments marquants, comme des expositions à l’Art Basel de Miami, la publication du livre Palais Seabra lancé à Paris, et, tout particulièrement, la médaille d’or de la Société d’Encouragement au Progrès, reçue au Sénat français — une reconnaissance internationale de son œuvre artistique et humaniste.

L’interview met également en lumière l’importance de la famille dans son cheminement, en particulier son union de 46 ans avec son mari, Manoel Ruy da Silva, ainsi que son engagement en faveur de l’autonomisation des femmes, notamment après 40 ans.

Avec authenticité et profondeur, Maria Araújo nous invite à réfléchir à la valeur de l’art, de la mémoire et de l’affection. Une vie devenue œuvre — qui continue de toucher les cœurs au Brésil et dans le monde entier.

DNB : Maria, comment vos souvenirs d’enfance à Natal ont-ils forgé vos valeurs ?
Maria Araújo : Mon enfance à Natal est un pilier essentiel. Je porte la force du métissage brésilien : mon père, Juvino Carneiro de Araújo, fils d’une autochtone et descendant d’Européens, nous a transmis un profond sens de l’identité et du respect des liens familiaux. Nous vivions avec affection dans le Nordeste, mais les difficultés nous ont conduits à Rio — une quête courageuse vers un nouvel horizon, exigeant détachement et foi.

DNB : Comment s’est passée l’adaptation à Rio ?
Maria Araújo : Ce fut une aventure. Nous avons embarqué sur le navire Rodrigues Alves, lors de son dernier voyage. La destination prévue était São Paulo, mais le hasard nous a fait débarquer à Rio. Nous avons brièvement vécu dans la favela du Morro do Alemão, puis dans un immeuble. Mon père, maître menuisier d’excellence, a vite compris que nous avions besoin d’un espace plus grand. Nous avons déménagé dans une maison spacieuse en banlieue — un changement marquant qui nous a offert liberté et contact avec la nature.

DNB : Le professionnalisme et la vision de votre père ont-ils été déterminants ?
Maria Araújo : Absolument. C’était un visionnaire et un professionnel remarquable. Bien qu’athée, il a cherché le soutien de l’Église pour garantir notre éducation religieuse et culturelle, conformément au souhait de ma mère. Il a obtenu des bourses pour le Colégio Cristo Rei et un accès gratuit au cinéma Vaz Lobo — un privilège culturel immense. En contrepartie, il travaillait dur, notamment à la Banco do Estado da Guanabara. Avec ses gains, il a monté son atelier à Vaz Lobo, devenant une référence et un mentor pour de nombreux jeunes de la communauté, leur offrant perspectives et dignité. Son héritage est fait de professionnalisme, de culture et de générosité.

DNB : Comment cette base familiale a-t-elle influencé votre vie adulte et professionnelle ?
Maria Araújo : Notre famille, sept frères et sœurs guidés par notre mère, était un exemple d’unité, de foi et de valorisation des études. Cette base a été essentielle. Je me suis mariée deux fois ; la seconde union, avec Manoel Ruy da Silva, a duré 46 ans de complicité et d’amour profonds. Nous avons élevé nos enfants — ceux de mon premier mariage, mon beau-fils (toujours soutenu par Ruy) et notre fille Aline — avec l’éducation comme priorité. Nous avons été des parents présents, des grands-parents aimants, des compagnons loyaux. Ruy, intègre et pourvoyeur, assurait la solidité du foyer pour que nous puissions nous épanouir.

DNB : Le partenariat avec Ruy semble avoir été un grand moteur.
Maria Araújo : J’ai rencontré Ruy par l’intermédiaire de ma tante Francisca, aujourd’hui âgée de 93 ans et toujours très lucide. Dès le début, il a montré de l’affection pour ma famille. Notre union a été une relation solide et pleine de romantisme. Il fêtait chaque date, réalisait mes rêves avec le sourire. Notre rencontre fut un miracle d’amour. Nous avons construit notre vie ensemble, brique par brique. Son soutien fut fondamental lorsque, à 50 ans, j’ai ressenti le « nid vide ». Il m’a encouragée à m’impliquer davantage dans l’art et la littérature, à entrer sur le marché du travail. Il avait une confiance totale en moi — une confiance libératrice. J’ai toujours cru que la force intérieure vient de l’apprentissage continu. Nous rêvions ensemble, affrontions les défis avec courage et célébrions les victoires avec enthousiasme. Ruy croyait en moi et en mes projets ; il était mon plus grand soutien, mon port d’attache, mon mécène.

DNB : Et comment l’art s’est-il imposé dans votre carrière ?
Maria Araújo : L’art a toujours été mon langage. Ma première exposition a eu lieu au Leme Tênis Clube. Je me suis également exprimée dans la mode, créant et cousant mes vêtements et ceux de ma fille, Márcia, qui défilait avec mes créations — un cycle créatif familial. J’ai poursuivi des études supérieures : une licence en arts plastiques et une spécialisation en gestion culturelle à la FGV. Cette formation a été décisive, me permettant d’organiser des lancements de livres et des expositions en comprenant toute la chaîne productive de la culture. L’art est devenu mon moyen d’expression et une manière de connecter les gens, révéler des talents et promouvoir la culture de façon structurée.

DNB : Qu’est-ce qui vous anime aujourd’hui comme artiste et gestionnaire culturelle ? Quel héritage souhaitez-vous laisser ?
Maria Araújo : La passion de créer et de connecter les êtres humains. La marque LAD (Littérature, Arts et Design), lancée au Palácio da Cidade, représente mon désir d’explorer davantage le circuit artistique, en favorisant des dialogues — y compris avec les nouvelles technologies comme l’IA — mais sans jamais perdre le lien avec l’essentiel : l’émotionnel. Me sentir vivante à travers mon art, émouvoir, enseigner et laisser une empreinte positive — voilà mon cap. Je veux être reconnue comme quelqu’un qui a poursuivi ses rêves avec ténacité, défendu la culture et l’affection, et cru au pouvoir transformateur de la beauté. Mon héritage, c’est l’art comme instrument d’amour, de mémoire et de transformation. Et cela passe aussi par le partage de connaissances pratiques. J’ai appris, par expérience, combien le manque d’information sur les lois et les droits peut fragiliser les femmes. Je ressens le devoir d’alerter les autres sur l’importance d’être informées, pour se renforcer et se protéger.

DNB : Le lancement du livre Palais Seabra à Paris a-t-il été un jalon professionnel ?
Maria Araújo : Ce fut l’aboutissement d’un projet spécial développé durant ma spécialisation à la FGV, axé sur l’iconique bâtiment Seabra. Il a gagné en profondeur grâce à ma connexion avec la famille Seabra, par l’intermédiaire de mon mari Ruy, qui a entretenu une longue relation professionnelle avec Nelson Grimaldi Seabra, un grand mécène des arts. La famille m’a accueillie et soutenue inconditionnellement dans la réalisation du livre. Le lancement à l’hôtel George V fut émouvant, entouré d’amis et avec le soutien de la famille, à qui je suis profondément reconnaissante. Ce livre est une expression d’art, de mémoire et de gratitude — envers la famille Seabra et mon mari.

DNB : Et l’expérience à l’Art Basel ?
Maria Araújo : Très significative et un grand moment de validation professionnelle. Une exposition au Tribunal Fédéral au Brésil m’a ouvert les portes de la foire à Miami, via la galerie Spectrum. J’y ai présenté deux œuvres, très bien accueillies — une en hommage à Rio. Une autre exposition, au Rio Grande do Norte, a présenté l’œuvre País de Mossoró, sur la ville pionnière du droit de vote des femmes en Amérique du Sud. Cette œuvre a été offerte à une bibliothèque locale. L’accueil chaleureux et le contact avec la scène artistique internationale ont représenté une grande victoire et un élan pour continuer à créer et à chercher une visibilité mondiale.

DNB : Vos œuvres, comme Brincadeira de Criança, véhiculent-elles des messages ?
Maria Araújo : Oui. Cette œuvre est une réflexion sur l’enfance actuelle. La recherche de nos racines est essentielle. Brincadeira de Criança a été proposée comme couverture d’un livre pour enfants et saluée par le commissaire Mário Capelluto pour son message sur le droit à une enfance pleine. Raízes, également exposée à l’Assemblée législative de Rio de Janeiro (ALERJ), traite du métissage brésilien, cherchant à exprimer notre identité complexe.

DNB : La médaille Chiquinha Gonzaga a-t-elle eu une signification particulière ?
Maria Araújo : Un honneur immense. Je me sens proche de Chiquinha Gonzaga : une femme forte, qui a surmonté les défis avec courage et joie. Je ressens porter ce même esprit — affronter les adversités avec légèreté, foi et optimisme. Je crois que cette force intérieure et cette foi sont les moteurs qui m’animent, tout comme ils l’ont animée.

DNB : Quelles leçons vous a apporté la gestion culturelle ?
Maria Araújo : L’expérience sur le terrain m’a apporté des leçons cruciales, parfois douloureuses. J’ai appris l’importance de la prudence et de la protection intellectuelle lors du partage de projets — l’un d’eux a été copié. J’ai aussi fait face à des problèmes d’édition qui ont presque compromis le catalogue LAD. Cela m’a enseigné combien il est essentiel d’être bien structuré contractuellement et entouré de professionnels fiables. D’un autre côté, lorsqu’on agit avec autonomie et mérite, les opportunités se présentent. La curatelle à la Casa França-Brasil et le lancement de la marque LAD ont été des moments de grande réalisation, reconnus par des figures comme Jesus Chediak et rendus possibles grâce au soutien d’Eliana Ovalle — une femme de foi inébranlable, formée en psychologie et en journalisme. Avec elle, je me suis sentie parisienne. Malgré les interruptions causées par la pandémie, le deuil et l’inventaire, je reprends mes activités avec vigueur et résilience.

DNB : Parmi toutes les reconnaissances, y en a-t-il une qui vous a particulièrement émue ?
Maria Araújo : Recevoir la médaille d’or de la Société d’Encouragement au Progrès, au Sénat français, fut l’un des moments les plus émouvants de ma vie. Après avoir assisté à l’hommage rendu au Prince Albert II, recevoir ma propre médaille dans ce lieu solennel a ravivé mon enthousiasme et mon désir de créer. Je portais une robe Valentino que j’ai surnommée « ballerine » — je tenais à célébrer l’occasion avec féminité. Ce fut une validation internationale de mon engagement et un souffle de renouveau. J’ai ressenti intensément la présence spirituelle de Ruy, mon mécène. La saudade est immense, mais cette reconnaissance fut la confirmation que, tant qu’il y a des projets, il y a de la vie.

DNB : Quel message souhaitez-vous transmettre aux femmes de plus de 40 ans ?
Maria Araújo : Un appel à l’autonomie et à l’amour de soi. Connaissez vos droits ! Une femme bien informée — sur le Statut de la personne âgée, les lois relatives à l’union stable, entre autres — est plus forte et moins vulnérable aux abus. Informez-vous, cherchez des conseils. Cela apporte sécurité et dignité. Prenez soin de vous en priorité : santé physique et émotionnelle. Aimez-vous, valorisez-vous. Prenez soin de votre beauté intérieure et extérieure. Accordez-vous des plaisirs simples. La science nous aide à vieillir dignement. Et, surtout, ne vous arrêtez pas. Produisez, créez, apprenez, engagez-vous dans quelque chose qui vous anime, qui garde l’esprit actif et le cœur vivant. La foi et l’espérance s’épanouissent dans le mouvement. La télévision et le canapé à outrance sont dangereux. La vie reste belle à chaque étape et, avec courage, information et action, elle peut être encore plus épanouie.

DNB : Qu’est-ce qui fait encore battre votre cœur ? Quels rêves chérissez-vous ?
Maria Araújo : Des rêves ! Mon cœur bat pour la continuité. Je souhaite faire un voyage spécial avec mes petits-enfants en 2026 — nous choisissons l’itinéraire ensemble, c’est un vrai plaisir. J’ai repris mes activités artistiques avec vigueur : j’ai participé à des expositions à l’ALERJ, je figure dans des anthologies (une internationale de l’A.C.I.M.A, une autre pour la Biennale du livre de Rio). Je compte lancer le livre À travers ma fenêtre cette année encore. Partager des moments avec ceux qu’on aime, créer des souvenirs… c’est cela, la vraie richesse de la vie. L’amour déborde avec les petits-enfants.

DNB : Et votre générosité dans les causes sociales ?
Maria Araújo : Elle me vient de ma mère, qui m’a enseigné la valeur du partage. Quand on est béni, il faut regarder autour de soi et agir. La générosité enrichit tout le monde. Invitée par la première dame Sylvia Jane Crivella, j’ai participé à des événements caritatifs : j’ai offert des tables pour être revendues, des œuvres pour des ventes aux enchères, j’ai reversé des pourcentages de ventes à des associations, hôpitaux pédiatriques cardiaques, écoles comme Stella Maris dans le Vidigal. Je soutiens l’Institut No Palco da Vida, le Pen Clube et d’autres initiatives. Multiplier le bien fait partie de ma mission. Dans tout ce parcours, j’ai eu le soutien de mon mari, Manoel Ruy da Silva. Aujourd’hui, il est dans la lumière, et je trouve la paix dans la certitude de notre réunion des âmes. Je remercie Dieu et Marie Très Sainte pour chaque pas. Même le nouveau petit chien de la maison, Bingo, égaye mes journées en m’enseignant l’amour inconditionnel.

« La vie est belle pour qui aime la vie. »

Maria Araújo : Merci pour cette opportunité de partager mon parcours. Au rythme des vagues, en réfléchissant à travers ma fenêtre, je me considère comme une femme victorieuse !

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