Propriété privée, possession et pauvreté

Par Mats Tunehag

Mats Tunehag est président du BAM Global et a travaillé dans plus de la moitié des pays du monde. Depuis ses premières missions en Asie centrale dans les années 1990, il a développé de nombreux réseaux et initiatives de BAM (Business as Mission) aux niveaux national, régional et mondial. Il a travaillé comme consultant pour des groupes engagés dans les domaines des affaires, des investissements, de la recherche et du développement de partenariats. Il est le principal architecte du Business as Mission Manifesto et du Wealth Creation Manifesto, qui constituent la base conceptuelle du mouvement BAM à l’échelle internationale.

Mais informações: www.matstunehag.com/about/

Le communisme a déjà été expérimenté et s’est révélé déshumanisant ; les pays socialistes n’ont pas produit de sociétés prospères. Pourquoi ? Parce qu’il a limité la liberté humaine, y compris dans le domaine économique, portant ainsi atteinte à la dignité humaine. Le droit de posséder et de développer des entreprises est lié aux droits de propriété, lesquels sont intrinsèquement associés à la dignité et à la liberté humaines. Mais ce droit n’est pas une licence pour accumuler ou faire preuve d’égoïsme. Comme l’affirme Jean-Paul II : « La liberté consiste non pas à faire ce que nous aimons, mais à avoir le droit de faire ce que nous devons. »
Ainsi, nous devons nous interroger sur qui est le véritable propriétaire de nos biens et sur la manière dont nous pouvons prendre soin des pauvres – dans les affaires, dans la générosité et dans les investissements.

Tout cela s’inscrit dans une longue et solide tradition judéo-chrétienne, dont l’enseignement est clair. Le rabbin Jonathan Sacks écrit : « Qu’un dirigeant abuse des droits de propriété constitue, pour la Bible hébraïque, l’une des grandes corruptions du pouvoir. Le judaïsme est la religion d’un peuple né dans l’esclavage et aspirant à la rédemption ; et l’une des agressions majeures de l’esclavage contre la dignité humaine est qu’il me prive de la propriété de la richesse que je crée. Au cœur de la Bible hébraïque se trouve un Dieu qui recherche l’adoration libre d’êtres humains libres, et deux des protections les plus puissantes de cette liberté sont la propriété privée et l’indépendance économique. » [1]

Nous pouvons appeler cela « capitalisme » ou autrement ; les étiquettes peuvent être ambiguës et porteuses de diverses connotations. L’essentiel est de disposer d’un cadre permettant la liberté – indispensable à la créativité et à la création de richesse – et pouvant conduire à l’épanouissement humain.

En octobre 2020, le pape François a publié l’encyclique Fratelli Tutti.[2] Certains l’ont accusé de minimiser le droit à la propriété privée ou de rejeter le capitalisme démocratique. Ce n’est pas le cas. L’un des problèmes du journalisme contemporain réside souvent dans son manque de compréhension – ou de volonté de comprendre – les contextes historiques. Pour saisir la pensée de l’Église catholique et ses enseignements, il faut étudier des siècles de réflexion profonde, souvent exprimée dans les encycliques. L’évêque Robert Barron explique : [3]

Le pape François « s’inscrit fermement dans la tradition de saint Jean-Paul II, qui voyait l’économie de marché comme un espace d’exercice de la créativité, de l’ingéniosité et du courage humains. (…) Il réaffirme également l’enseignement du fondateur de la doctrine sociale moderne de l’Église catholique, le grand Léon XIII, qui, dans Rerum Novarum, défendait vigoureusement la propriété privée et, à travers de nombreux arguments, rejetait les systèmes économiques socialistes. »

Nous ne devons pas négliger la richesse intellectuelle générée au cours des siècles dans les traditions juive et chrétienne. Je recommande vivement Papal Economics, de Maciej Zięba.[4] L’auteur y propose une analyse éclairante et critique d’une douzaine d’encycliques papales publiées sur plus d’un siècle. Elles traitent de sujets tels que le travail, l’entreprise, la richesse, les droits de propriété, la démocratie, l’économie de marché, le socialisme, ainsi que la dignité et la liberté humaines.[5]

Dans de nombreuses encycliques, de Rerum Novarum (1891) à Centesimus Annus (1991), l’affirmation du droit à la propriété privée est sans ambiguïté, mais elle est liée à l’obligation de partager avec les autres, en particulier les pauvres.

Tout en affirmant la propriété privée, la tradition judéo-chrétienne reconnaît également que Dieu est le propriétaire ultime et souligne notre responsabilité d’être des gestionnaires généreux. Le rabbin Sacks écrit encore : « En fin de compte, tout appartient à Dieu. Ce que nous possédons, nous le détenons en fiducie. Et cette fiducie comporte des conditions — ou, comme l’a dit le grand philanthrope victorien Sir Moses Montefiore : “Nous valons ce que nous sommes disposés à partager avec les autres.” »

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