Quand l’entreprise montre le chemin de la paix : pour un « entreprenariat diplomatique » humaniste

Guilla Clara Kessous est une artiste et universitaire française spécialisée dans les droits humains.
Nommée Artiste pour la Paix de l’UNESCO et Chevalière des Arts et des Lettres, elle promeut l’art au service de l’éthique et des droits humains à l’international.

Titulaire de deux doctorats, d’un MBA en gestion culturelle et d’un master en dramaturgie comparée, cinéma et pédagogie, elle a créé le programme “Théâtre et Droits Humains”
à Sciences Po et enseigné à Harvard, Boston University, Oxford et University of Geneva.

Chercheuse associée au laboratoire ARIAS du CNRS et boursière postdoctorale à l’Université de Genève, Guilla Clara Kessous est reconnue pour son travail alliant art, éducation et engagement social à l’échelle mondiale.


Diplomate internationale et Artiste de l’UNESCO pour la paix, Guila Clara Kessous est une ambassadrice engagée dans les négociations internationales. Ses expériences auprès de gouvernements en tant que conseillère spéciale et consultante ainsi que dans le domaine du conseil auprès d’institutionnels et d’entreprises l’ont amenée à une compréhension fine d’une diplomatie parallèle qui s’émanciperait du seul politique, pour se concentrer sur une dimension civile, interdisciplinaire et engageante.

« Si nous continuons de faire des affaires tel que nous le faisons, nous allons nous détruire les uns les autres » Antoine Raymond – PDG ARaymond groupe
Le dirigeant de la société ARaymond, leader mondial des pièces de fixations pour l’industrie, avait déjà prédit en 2009 qu’il fallait repenser l’entreprise en imaginant créer un centre de recherche ou chercheurs et dirigeants réfléchiraient à une autre façon moins destructrice de produire. Mais il l’avait pensé en termes de « paix économique » en lien avec les biens, les services et les richesses que l’entreprise serait capable de créer. Mais la richesse première créée par l’entreprise ne serait-elle pas la capacité d’union et l’efficacité relationnelle qui devraient avoir un rôle d’influence de pacification sur la dimension diplomatique internationale ? En d’autres termes, est ce que l’entreprise d’aujourd’hui aurait un rôle à jouer dans l’apaisement des tensions internationales ?
En tant que coach exécutive et consultante internationale, j’ai été frappée d’assister à des réunions où de grands groupes faisaient discuter des individus supposés « antagonistes » dans le but d’élaborer des projets d’intelligence collective à grande échelle. Je me souviens d’une discussion entre un groupe indien et pakistanais travaillant chacun dans des branches distinctes de l’IT et plaisantant sur les stéréotypes supposés des uns et des autres, stéréotypes qui n’avaient plus lieu d’être puisque la connaissance de chacun avait remplacé la peur de l’autre distillée par l’a priori des croyances politiques.

L’« Entreprenariat diplomatique » selon moi fait partie des initiatives de diplomatie issue de la société civile – qui crée un changement sociétal à partir d’un humain ou à partir d’un groupement humain. Tout comme l’initiative entrepreneuriale a un but disruptif pour créer une innovation générant de la valeur, l’« Entrepreneuriat Diplomatique » propose l’émergence d’initiatives civiles, qui sont également créatrices de valeurs humaines dans leurs capacités d’intelligence collective indépendantes de la seule valeur économique. La capacité de l’individu à entreprendre, au travers de projets et d’actions concrètes pourrait ainsi compléter voire dépasser le seul politique dans sa capacité d’impact relationnel. Lorsque l’ « Entreprenariat diplomatique » est appliqué à l’entreprise, il touche au noyau du vivre ensemble que représente l’entreprise, entité qui est certes soumise au politique au niveau des régulations mais pas au niveau de l’enjeu relationnel. Ce groupement humain qu’est l’entreprise peut venir, en « tenant ensemble », démontrer une capacité « diplomatique » de coexistence et de tolérance malgré les diktats du politique.

L’entreprise comme organe essentiel de paix internationale.


Les attentes de la société à l’égard des entreprises ont profondément changé et les jeunes générations recherchent en termes de nécessité de fidélisation une inspiration plus qu’une capacité d’expertise qu’ils peuvent de plus en plus obtenir avec l’intelligence artificielle. Sur le plan pratique et moral, les dirigeants d’entreprise ne peuvent plus s’abstraire des grands changements sociétaux et s’extraire des problèmes auxquels l’humanité et la planète font face. L’entreprise a son rôle à jouer comme organe essentiel de paix internationale. Je l’imagine ayant le pouvoir que les Seigneurs pouvaient avoir au Moyen Age face au Roi. Il s’agit d’avoir la capacité de réaliser la puissance de ralliement au travers de l’élément travail que l’entreprise propose pour aller plus loin que la simple volonté de profit mais bien une volonté assumée de pacification des relations pour arriver à faire du profit « ensemble ». Travailler ensemble, c’est à dire créer ensemble, est une étincelle puissante en termes de capacité de transformation des idées reçues quant à l’impossibilité d’avoir des relations apaisées avec des personnes taxées d’ « opposants » politiques. Le but de l’entreprenariat diplomatique dans un cadre d’entreprise est bien de transformer les mentalités en sortant du narratif politique pour démontrer combien il est possible de créer un relationnel apaisé quand on « connaît » la personne dans un cadre professionnel. Il est temps aujourd’hui en 2025 que l’on comprenne combien l’entreprise n’est plus seulement une « usine à gaz » économique. Combien le fait d’avoir des « bonnes idées » disruptives n’engagent pas seulement ceux qu’ils l’ont à devenir milliardaire mais bien à se rendre compte de la responsabilité de faire travailler des salariés tous différents ensembles. Une entreprise, c’est aussi une « société » qui reflète la société dans laquelle elle évolue. Si, par une « bonne idée disruptive », par un acte entrepreneurial, elle peut démontrer des possibilités de tolérance et de coexistence pacifiant les tensions distillées dans sa propre société, alors elle joue en plein son rôle « diplomatique » qui, rappelons-le au niveau étymologique renvoie au « double » puisqu’il permet de renouer le « dia-logue » multilatéral en ne laissant plus au seul politique l’apanage de cette suprématie.


Plus loin que RSE ou le leadership éthique


L’« Entreprenariat diplomatique » va plus loin que la RSE ou le leadership éthique. Parce qu’il n’a pas pour vocation d’être utilisé comme une vitrine que l’entreprise pourrait mettre à jour en se montrant « bon élève » et ainsi vendre encore plus. L’« Entreprenariat diplomatique » touche à l’ODD 16 qui a à voir avec l’importance de la paix dans le monde. La RSE ou le leadership éthique n’est pas « engageant » fondamentalement pour une entreprise. Cela peut se faire au travers de programmes externes ou même par la mise en place de projets ne touchant qu’une partie de l’entreprise. L’« Entreprenariat diplomatique » a à voir avec ce qu’est fondamentalement une entreprise : non pas seulement un lieu de ré-unions (vides de sens) mais un lieu d’union. Dans cette optique, il faut comprendre que la vraie valeur n’est pas l’aboutissement au profit, c’est le chemin relationnel qui mène au profit. C’est la capacité à travailler ensemble, à se supporter, à « être d’accord de ne pas l’être » pour avancer ensemble dans la même direction. Il est facile de s’occuper de la planète en faisant de bonnes actions par la RSE ou encore à essayer de bien traiter ses salariés par un leadership éthique. Quand on cherche le véritable ADN d’une société, on en définit tout d’abord la « raison d’être » mais une « raison d’être » même si elle est reliée à l’éthique ou à la RSE, a encore pour but de faire du profit. On cherche l’ « être » pour mieux « avoir ». Ce que je propose, c’est d’aller plus loin en cherchant une « raison d’exister » au sens où Sartre utilisait le mot, c’est à dire d’ « ex-sister » de « sortir de soi » pour faire une différence dans le monde, faire sa part en mettant sa pierre à l’édifice pour pacifier le vivre ensemble international. Un chef d’entreprise partant à la retraite ne devrait pas dire « j’ai fait vivre tant d’employés grâce à mon entreprise » mais bien « j’ai fait travailler ensemble des employés d’origine et de nationalités différentes et j’ai contribué au recul de la haine face à des populations en mettant en avant cette capacité d’être ensemble qui a eu une répercussion au niveau multilatéral. J’ai contribué à un monde meilleur ».


Entreprendre dans l’intérêt collectif


L’entreprise n’a pas de leçon à donner à l’individu pour ne pas tomber dans un leadership autoritaire forçant à une morale pré-établie. L’entreprise a au contraire à donner au politique la démonstration que le vivre-ensemble et le travailler-ensemble est possible. Et il faut que ces initiatives d’entreprenariat diplomatique soient valorisées comme préservant le sens de l’humanité en mettant de côté l’a priori face à un étranger désigné comme « l’opposant ». De nos jours, on a assisté encore à des conflits se déroulant toujours sur le même schéma. Montée des extrémismes par un ciblage précis de la population désignée comme « dangereuse » puis mesures ou guerre menant à la mort de centaines de milliers de civils, servant de chair à canon pour des idéaux qu’on leur a mis dans la tête. Si l’entreprise se positionne comme démontrant qu’il est tout à fait possible de travailler avec cette population soi-disant « dangereuse » alors il n’y aura pas de stigmatisation possible. Une entreprise ayant plusieurs branches dans des zones de conflits par exemple permet cette capacité de travailler ensemble malgré le narratif politique. En mettant en valeur le fait de développer en particulier sur des projets ciblés entre ces branches, l’entreprise touche au sacré de la dignité humaine et peut parvenir à démontrer qu’il est possible d’avoir de bonnes relations au-delà de ce que pourrait nous faire croire le politique. Je pense à la centaine d’entreprises françaises qui travaillent en ce moment en Algérie et qui, malgré le contexte politique, continue à très bien fonctionner. Ou encore à l’entreprise 50 :50 qui emploie en Israël la moitié de salariés juifs israéliens et palestiniens. Ou encore aux velléités d’un salon professionnelle internationale comme le MIPIM de mettre en exergue l’égalité des chances au travers de la réunion de plusieurs investisseurs immobiliers de nationalités différentes. Ces entreprises n’ont pas à avoir forcément une mission mais doivent être en capacité de mettre en valeur le dialogue inviolable qu’elle permet entre les peuples et le faire savoir non seulement à la société civile mais au niveau politique. Car c’est parfois la réalité économique qui peut empêcher les conflits. Rappelons la simulation développée par Bloomberg Economics, une guerre chinoise contre Taïwan coûterait au monde plus de 10 trillions de dollars au cours de la première année, soit 10,2 % du PIB mondial. Au vue de ces chiffres, le politique hésite à se lancer dans une guerre coûteuse et « non rentable »….
Les compétences et postures clés à développer sont ainsi un réel courage managérial pour comprendre le cheminement nécessaire en vue de dépasser le seul comportement monoculturel en entreprise et viser un multiculturel conscient et apaisé. Sortir de la seule relation monoculturelle avec les actionnaires pour se tourner vers toutes les parties prenantes. Le comportement monoculturel nous force à naviguer uniquement à travers nos propres perceptions qui sont bien sûr influencées par les diktats politiques et qui conduisent à la résistance culturelle. L’ouverture au multiculturel par l’entreprenariat diplomatique encourage la coopération culturelle pour déconstruire les stéréotypes et les a priori que les uns peuvent avoir sur les autres grâce au travail qui vient ici servir de base pour un langage commun. L’entreprenariat diplomatique peut tout à fait devenir un nouveau pilier de la responsabilité des entreprises faisant de l’entreprise un lieu « neutre » du politique. Cet état de fait protégerait l’entreprise adoubée par la communauté internationale mettant en valeur la volonté de pacification sincère face à des populations qui seraient censées être en conflits.
Nous vivons aujourd’hui dans une société de repli où les nationalismes font rage et où il semble si facile de dresser des populations entières les unes contre les autres. L’entreprise a un rôle à jouer dans la nécessité de pacification des populations car elle passe par une phase de pacification nécessaire entre les salariés pour arriver à créer la motivation d’une intelligence collective tournée vers un but commun qu’est le profit. La diversité en entreprise est pour certaines déjà présente. Si on prend l’exemple de la firme Ernst & Young, plus de 180 nationalités sont mises en présence. Il n’y a plus qu’à mettre en valeur cette capacité d’entente entre différents peuples supposés « être en conflit » pour mettre en exergue des valeurs de coexistence au travers de la collaboration professionnelle…encore faut-il que l’entreprise accepte de s’émanciper du politique pour vraiment jouer son rôle de pacificateur international.

Quando a empresa mostra o caminho da paz: por um “empreendedorismo diplomático” humanista

Diplomata internacional e Artista da UNESCO pela Paz, Guila Clara Kessous é uma embaixadora engajada nas negociações internacionais. Suas experiências junto a governos como conselheira especial e consultora, bem como no campo da assessoria a instituições e empresas, a levaram a uma compreensão apurada de uma diplomacia paralela que se emancipa do exclusivamente político para se concentrar em uma dimensão civil, interdisciplinar e engajante.

“Se continuarmos a fazer negócios da maneira como fazemos, vamos acabar nos destruindo uns aos outros.” – Antoine Raymond, CEO do Grupo ARaymond

O dirigente da empresa ARaymond, líder mundial em peças de fixação para a indústria, já previa em 2009 a necessidade de repensar a empresa, imaginando a criação de um centro de pesquisa onde pesquisadores e líderes refletiriam sobre uma forma menos destrutiva de produzir. Mas ele havia concebido isso em termos de “paz econômica”, em relação aos bens, serviços e riquezas que a empresa seria capaz de gerar. No entanto, não seria a primeira riqueza criada pela empresa justamente a sua capacidade de união e eficácia relacional, que deveriam desempenhar um papel de influência pacificadora sobre a dimensão diplomática internacional? Em outras palavras, teria a empresa de hoje um papel a desempenhar no apaziguamento das tensões internacionais?

Como coach executiva e consultora internacional, fiquei impressionada ao assistir reuniões em que grandes grupos promoviam diálogos entre indivíduos supostamente “antagônicos” com o objetivo de elaborar projetos de inteligência coletiva em grande escala. Recordo-me de uma discussão entre um grupo indiano e outro paquistanês, cada um atuando em ramos distintos da área de TI, que brincavam sobre os estereótipos que supostamente carregavam — estereótipos que já não tinham mais lugar, pois o conhecimento mútuo havia substituído o medo do outro, alimentado por preconceitos oriundos de crenças políticas.

O “Empreendedorismo Diplomático”, segundo minha visão, faz parte das iniciativas de diplomacia originadas da sociedade civil — que criam uma mudança social a partir de um indivíduo ou de um coletivo humano. Assim como a iniciativa empreendedora tem um objetivo disruptivo de criar inovação geradora de valor, o “Empreendedorismo Diplomático” propõe o surgimento de iniciativas civis que também são criadoras de valores humanos, através de suas capacidades de inteligência coletiva, independentes do mero valor econômico. A capacidade do indivíduo de empreender, por meio de projetos e ações concretas, poderia assim complementar ou até mesmo superar o campo político em sua capacidade de impacto relacional. Quando aplicado à empresa, o “Empreendedorismo Diplomático” toca o núcleo do convívio coletivo que ela representa — uma entidade submetida ao político em termos de regulação, mas não em termos de relacionamento. Este coletivo humano que é a empresa pode, ao “manter-se unido”, demonstrar uma capacidade “diplomática” de coexistência e tolerância apesar dos ditames do político.

A empresa como órgão essencial de paz internacional

As expectativas da sociedade em relação às empresas mudaram profundamente, e as novas gerações buscam, como fator de fidelização, mais inspiração do que a simples expertise, cada vez mais disponível graças à inteligência artificial. Do ponto de vista prático e moral, os líderes empresariais já não podem se abstrair das grandes transformações sociais nem se isentar dos problemas que a humanidade e o planeta enfrentam. A empresa tem um papel a desempenhar como órgão essencial de paz internacional. Eu a imagino com um poder semelhante ao que os Senhores feudais detinham na Idade Média diante do Rei. Trata-se de ter a capacidade de promover a união por meio do trabalho que a empresa oferece — ir além do simples objetivo de lucro para assumir uma vontade de pacificação das relações, a fim de alcançar o lucro “em conjunto”. Trabalhar juntos, ou seja, criar juntos, é uma centelha poderosa em termos de transformação de ideias preconcebidas sobre a impossibilidade de relações pacíficas com pessoas rotuladas como “opositores” políticos.

O objetivo do empreendedorismo diplomático, dentro do contexto empresarial, é justamente transformar mentalidades, rompendo com o narrativo político para demonstrar como é possível estabelecer relações pacíficas quando se “conhece” o outro em um ambiente profissional. Em 2025, é hora de compreender que a empresa não é mais apenas uma “máquina” econômica. Que ter “boas ideias” disruptivas não se limita a enriquecer alguns, mas implica assumir a responsabilidade de fazer pessoas diferentes trabalharem juntas. Uma empresa é também uma “sociedade” que reflete a sociedade na qual está inserida. Se, por meio de uma “boa ideia disruptiva”, através de um ato empreendedor, ela pode demonstrar possibilidades de tolerância e coexistência que pacifiquem tensões internas à própria sociedade, então cumpre plenamente o seu papel “diplomático”, que, etimologicamente, remete ao “duplo” — ao “diálogo” multilateral, deixando de ser prerrogativa exclusiva do político.

Além da RSE ou da liderança ética

O “Empreendedorismo Diplomático” vai além da Responsabilidade Social Empresarial (RSE) ou da liderança ética. Pois não tem como objetivo ser apenas uma vitrine para que a empresa se apresente como “bom exemplo” e, assim, venda ainda mais. O “Empreendedorismo Diplomático” está diretamente ligado ao ODS 16, que trata da importância da paz no mundo. A RSE ou a liderança ética não são, em essência, verdadeiramente “engajadoras” para uma empresa. Elas podem se manifestar por meio de programas externos ou mesmo de projetos restritos a uma parte da organização.

Já o “Empreendedorismo Diplomático” se relaciona com o que é, fundamentalmente, uma empresa: não apenas um lugar de “reuniões” (muitas vezes vazias de sentido), mas um lugar de união. Nessa perspectiva, é necessário compreender que o verdadeiro valor não é o lucro em si, mas o caminho relacional que leva a ele. É a capacidade de trabalhar juntos, de suportar-se mutuamente, de “concordar em discordar” para avançar na mesma direção. É fácil cuidar do planeta com boas ações de RSE ou tratar bem os funcionários através da liderança ética. Mas quando se busca o verdadeiro ADN de uma empresa, primeiro se define a sua “razão de ser”. Contudo, mesmo vinculada à ética ou à RSE, essa razão ainda visa o lucro. Busca-se o “ser” para melhor “ter”. O que proponho é ir além: buscar uma “razão de existir” no sentido que Sartre utilizava, ou seja, “ex-sistir”, sair de si para fazer a diferença no mundo, colocar a sua pedra no edifício da pacificação do convívio internacional.

Um empresário ao se aposentar não deveria dizer: “fiz tantos empregados viverem graças à minha empresa”, mas sim: “fiz pessoas de diferentes origens e nacionalidades trabalharem juntas e contribuí para reduzir o ódio entre populações, colocando em evidência essa capacidade de convivência, que teve repercussões no plano multilateral. Contribuí para um mundo melhor”.

Empreender no interesse coletivo

A empresa não tem de impor lições ao indivíduo, a fim de não cair em uma liderança autoritária baseada em uma moral predefinida. Pelo contrário, cabe à empresa mostrar ao político que o conviver e o trabalhar juntos são possíveis. É necessário que essas iniciativas de empreendedorismo diplomático sejam valorizadas como guardiãs do sentido de humanidade, superando preconceitos diante de estrangeiros designados como “oponentes”.

Ainda hoje assistimos a conflitos que seguem sempre o mesmo padrão: ascensão de extremismos através da estigmatização de uma população considerada “perigosa”, seguida de medidas ou guerras que resultam na morte de centenas de milhares de civis, usados como massa de manobra em nome de ideais que lhes foram incutidos. Se a empresa se posiciona para demonstrar que é perfeitamente possível trabalhar com essa população supostamente “perigosa”, então não haverá mais espaço para estigmatização.

Uma empresa com filiais em zonas de conflito, por exemplo, permite justamente essa capacidade de trabalhar juntos apesar do discurso político. Ao valorizar o desenvolvimento de projetos específicos entre essas filiais, a empresa toca o sagrado da dignidade humana e pode demonstrar que é possível construir boas relações para além da narrativa política. Penso nas centenas de empresas francesas que hoje atuam na Argélia e, apesar do contexto político, continuam a funcionar muito bem. Ou ainda na empresa 50:50, que emprega em Israel igualmente trabalhadores judeus israelenses e palestinos. Ou, ainda, nas iniciativas de um salão profissional internacional como o MIPIM, que coloca em destaque a igualdade de oportunidades reunindo diversos investidores imobiliários de diferentes nacionalidades.

Essas empresas não precisam, necessariamente, ter uma “missão”, mas devem ser capazes de valorizar o diálogo inquebrantável que permitem entre os povos — e dar visibilidade a isso não apenas na sociedade civil, mas também no nível político. Pois muitas vezes é a realidade econômica que pode impedir os conflitos. Lembremos a simulação desenvolvida pela Bloomberg Economics: uma guerra da China contra Taiwan custaria ao mundo mais de 10 trilhões de dólares no primeiro ano, ou seja, 10,2% do PIB mundial. Diante desses números, o político hesita em se lançar em uma guerra tão onerosa e “não rentável”.

As competências e posturas-chave a serem desenvolvidas passam por uma verdadeira coragem de gestão, a fim de compreender o caminho necessário para superar o comportamento monocultural nas empresas e alcançar um multiculturalismo consciente e pacificado. É preciso sair da relação monocultural com os acionistas para se voltar a todas as partes interessadas. O comportamento monocultural nos força a navegar apenas por nossas próprias percepções, influenciadas pelos ditames políticos, o que leva à resistência cultural. A abertura ao multiculturalismo, por meio do empreendedorismo diplomático, estimula a cooperação cultural, desconstruindo estereótipos e preconceitos que uns têm em relação aos outros, graças ao trabalho que aqui serve de base para uma linguagem comum.

O empreendedorismo diplomático pode, portanto, tornar-se um novo pilar da responsabilidade das empresas, transformando-as em um espaço “neutro” em relação ao político. Esse reconhecimento protegeria a empresa, legitimada pela comunidade internacional, ao evidenciar sua vontade sincera de pacificação diante de populações supostamente em conflito.

Vivemos hoje em uma sociedade marcada pelo isolamento, onde nacionalismos crescem e onde parece tão fácil colocar populações inteiras umas contra as outras. A empresa tem um papel essencial na pacificação, pois ela mesma precisa promover a paz internamente, entre seus colaboradores, para estimular a inteligência coletiva voltada a um objetivo comum: o lucro.

A diversidade já está presente em algumas organizações. Tomemos o exemplo da Ernst & Young, onde mais de 180 nacionalidades convivem. Falta apenas valorizar essa capacidade de entendimento entre povos supostamente “em conflito”, destacando valores de coexistência através da colaboração profissional. Para isso, porém, é necessário que a empresa aceite emancipar-se do político para realmente desempenhar seu papel de pacificadora internacional.

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